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 Prologue, première partie (le 13/06/2008 à 13h22)
Prologue, première partie :

« Salomon, on fait quoi ? » chuchota l’un des soldats.
« Chut ! répondit l’interpellé. Je crois qu’ils arrivent ». Il entendait des bruits de pas dans la pénombre. Bien qu’il ne pu pas voir ceux qui marchaient à cause du peu de lumière et des nombreux bambous, c’était à coup sûr la première vague qui arrivait prudemment. Ces maudit brakmâriens avaient toujours la même technique : une première vague qui frappait de front et qui monopoliserait les défenseurs, puis un assaut coordonné sur le village attaqué par deux autres vagues venant des flans, pendant que tous les bontariens étaient occupés à faire face à la première vague.
Mais cette fois, il avait prévu le coup. Le village de Terrdala allait rester sous domination bontarienne. Le gros des troupes était resté dans l’enceinte du village fortifié, et lui et quelques autres bontariens très expérimentés allaient intercepter la première vague avant qu’elle n’attaque.
Et justement, cette vague arrivait droit dans le guet-apens. Ils étaient postés de part et d’autre du chemin, cachés par l’épaisse forêt de bambous. En tant que Sacrieur, et malgré ses 25 ans seulement, il avait survécu à de très nombreuses batailles, et était par conséquent un combattant et un stratège plus qu’aguerri.
Il se prépara à lancer le signal de l’attaque. Il mit une main sur le cœur de sang tatoué sur sa poitrine, à l’emplacement exact de son propre cœur. Il ferma les yeux. Son cœur cogna une fois avec force. En face, de l’autre côté du chemin, il vit un mouvement imperceptible. Il senti son cœur cogner deux fois, de façon si forte que c’en était presque douloureux. Il su que son frère était prêt lui aussi. Il fit signe à ses deux meilleurs compagnons, à ses côtés : « Kan, Cléo, vous êtes prêts ? ». Le pandawa et la xélorette acquiescèrent en silence, dans la semi obscurité. « Très bien. Alors…c’est parti ». Avec une coordination parfaite, lui et son frère commencèrent à briller. Au même moment, en plein milieu de l’escouade qui avançait, deux guerriers brillèrent aussi. En un instant, les deux sacrieurs se retrouvèrent entourés de dizaines de soldats ennemis. Avant même que un seul d’entre eux n’ait pu réagir, plusieurs tombèrent, foudroyés par la puissance mortelle des sacrieurs. Le temps que les brakmâriens ne réalisent ce qu’il se passait, des deux côtés du chemin jaillirent une vingtaine d’ailes immaculées tout au plus.
Mais quelles ailes ! Leurs propriétaires étaient de véritables monstres de guerre. Un iop à l’apparence particulièrement redoutable avait déjà fauché plusieurs ennemis en quelques secondes. Des ailes rouges et noires à membrane commencèrent à apparaître dans la mêlée. La plupart étaient petites, mais certaines avaient une envergure qui laissait deviner un combattant redoutable.
Salomon esquiva le premier coup de réaction à cette attaque surprise. Un Osamodas l’avait pris pour cible avec son énorme marteau. Salomon l’esquiva sans aucun problème, et donna un coup de pied dévastateur à son attaquant. Celui-ci fut tout simplement soulevé de terre par la force stupéfiante du choc, et retomba lourdement sur une paire d’ailes sombres, les os broyés. Le sacrieur vit alors un jeune iop le charger en hurlant. Il donna un coup de poing vers l’avant, alors que le iop n’était encore qu’à plusieurs mètres. Aussitôt, le jeune guerrier aux petites ailes rouges fut projeté en l’air par un souffle ultra puissant venant du sol. Avant même qu’il ne touche le sol, une deuxième rafale l’envoya valser loin de la mêlée, inconscient. Salomon se félicita d’avoir prit le temps d’apprendre à maîtriser les forces du vent. Il sortit ses katanas de leurs fourreaux, les lames produisirent un son cristallin en frottant contre les gaines en cuir rouge, et commencèrent à émettre une lueur bleutée.
Un autre démon tomba, puis un autre.
Il semblait cependant que leur nombre ne diminuait pas tellement. Il comprit vite pourquoi : un peu en retrait de la mêlée franche, deux eniripsas soignaient les blessures non fatales de leurs congénères, aussitôt qu’elles étaient infligées.
« ZACHARIAS !!! hurla-t-il à pleins poumons. QU’EST CE QUE TU FOUS ?!? »
A peine eut-il prononcé ces mots que l’un des deux eniripsas, celui aux ailes les plus développées, écarquilla les yeux de stupeur. Son compagnon le regarda sans comprendre ce qui lui arrivait. Puis un sram apparut derrière le premier soigneur, une dague ensanglantée à la main. Le deuxième fut pris de panique, et tenta de s’enfuir. Mais à peine avait-il fait un pas pour tenter de lui échapper que quelque chose se déclencha sous ses pieds, qui se bloquèrent dans leur course.
Salomon n’appréciait guère ce sram. Il préféra détourner les yeux lorsqu’il s’avança calmement vers la victime de son piège, et qu’il leva ses dagues. Mais il était forcé de reconnaître son utilité.
Quelques pas plus loin, Kan frappait de ses poings brûlants tous ceux qui passaient à sa portée, et projetait ses ennemis les uns sur les autres. Cléo, plus calme, se frayait un chemin entre les soldats aux ailes sombres qui bougeaient au ralenti, et les anéantissait méthodiquement à coups de marteau et de sortilèges meurtriers.
Un peu plus loin, il vit son frère aux prises avec un féca qui semblait redoutable. Il avait des brûlures sur tout le corps, et semblait ployer sous les coups de bâton de l’adversaire intouchable. Salomon voulut se précipiter à son secours, mais n’en eu pas le temps. Sur sa droite, un dragonnet rouge venait d’apparaître devant un osamodas, et souffla la fureur de son maître droit sur Salomon. Il fut projeté dans les bambous hors du champ de bataille, et les sentit se briser sur son dos comme des dizaines de coups de fouet. Sa tête heurta un tronc d’une dureté de pierre. Sa vision se brouilla.
Alors que tout était particulièrement flou autour de lui, aussi bien les images que les sons, il cru entendre, à quelques pas de lui, un miaulement de douleur.
Sa tête tourna quelques instant encore, mais son endurance surnaturelle reprit vite le dessus. Il se retourna pour savoir d’où provenait ce miaulement, mais pensa que ses sens durement malmenés l’avaient trompés. Il se releva, et se prépara à repartir à la bataille en suivant le sillon de bambous brisés qu’il avait laissé derrière lui. Mais à nouveau, le miaulement étouffé lui parvint, et plus nettement cette fois.
Il n’y avait pas de doute possible. Un écaflip était salement blessé tout près. « Il y a quelqu’un ? » cria-t-il. Pas de réponse. Il regarda la bataille qui faisait encore rage, puis la forêt sombre. Les bontariens semblaient mener le combat sans problèmes, comme il le pensait. Il s’avança vers les bambous. « J’arrive, ne vous inquiétez pas. » dit-il à la pénombre. Il commença à chercher. Il ne lui fallut que peut de temps pour repérer une traînée de sang dans les feuilles mortes, et pour la suivre. Si un bontarien était en difficulté, son devoir de sentinelle était d’aller l’aider. De nouveau un gémissement : « miaaargh… ». Cette fois il repéra une silhouette sombre, allongée derrière un bambou massif. Il se précipita pour aller aider son compagnon de bataille, mais fut stoppé dans son élan.
Sur les jambes du blessé, une cooleuvre progressait lentement. Salomon s’immobilisa aussitôt. Le moindre mouvement brusque de sa part pourrait causer la perte de cette personne. Il pointa avec d’extrêmes précautions son poing en direction de la cooleuvre. « Surtout ne rate pas ton coup…concentre toi » songea-t-il.
Soudain, comme si le reptile avait senti le danger, il se détendit à la vitesse de l’éclair, et planta ses crochets dans la poitrine du blessé.
- Non ! hurla Salomon.
Sa main s’ouvrit, et l’animal écailleux y fut comme aspiré en une fraction de seconde. L’instant d’après, Salomon laissait tomber de ses mains puissantes le corps long et désarticulé, sans vie. Il se pencha sur la personne inerte. C’était bien un écaflip, sa fourrure sombre et sa queue ne faisaient aucun doute. La cooleuvre avait mordu juste sous le muscle pectoral droit, à travers la tunique du guerrier. De plus, une large entaille zébrait le flan et la cuisse du chat. Il tremblait et transpirait abondement, émettant des gémissements de douleur à certains moments. Mais le plus urgent était cette morsure. Salomon arracha le bout de tunique à travers lequel le serpent avait mordu, voulant mettre la morsure à nu.
Il le regretta aussitôt.
Ce qu’il avait prit pour un guerrier écaflip dans la semi obscurité était en réalité…une guerrière.
Son cœur fit un bond magistral alors qu’il tenait le morceau de tunique à la main, et il sentit son visage devenir brûlant alors que son regard ne se détachait pas la jeune femme étendue devant lui. Il regarda vivement autour de lui, vérifiant que personne ne l’avait vu faire…ça, son visage devenant de plus en plus chaud.
Il se senti tout à coup parfaitement idiot. « Stop ! Arrête de penser comme ça ! Elle va mourir si tu ne fais rien ! Allez, courage… ».
Il se pencha de nouveau sur la blessée. La morsure était juste sous son… « NON !!! Pense à autre chose ! A ta mère tient, pense à maman… ».
Il prit une grande inspiration, appliqua ses lèvres sur les deux minuscules trous qui saignaient à peine, et commença à aspirer avec force. Sa fourrure était incroyablement douce et soyeuse…
Un goût amer lui envahit soudain la bouche. Il recracha le liquide, puis recommença à aspirer le venin, jusqu’à ce qu’il ne sente plus que du sang dans sa bouche.
Il tenta de remettre le bout de tunique en place, mais sans y parvenir vraiment…
Il se pencha ensuite sur la profonde entaille de la guerrière meurtrie par le combat. Il observa quelques secondes la blessure. Son cœur failli s’arrêter.
La forme de cette blessure était très spéciale, elle n’était pas nette, pas comme si elle avait été causée par une lame tranchante. L’arme qui avait fait cette blessure avait brisé des os, et arraché des bouts de chairs, comme elle avait des dents de scie. Cette blessure avait été causée très récemment, et il ne connaissait qu’une seule arme qui puisse faire de tels dégâts.
C’était l’épée magique de son frère.
Il réalisa alors ce qu’il était en train de faire. Il était en train de sauver une brakmârienne de la mort. Il tentait de garder en vie une femme qui avait peut-être tué l’un de ses amis il y a quelques minutes à peine. Il se recula, horrifié, honteux. Il pourrait être accusé de traîtrise pour avoir fait cela.
Aider un ennemi était inconcevable en temps de guerre. Pourquoi en plus soigner une personne qui pourrait le tuer prochainement ? Ou même qu’il devrait tuer de ses propres mains ? Totalement impensable.
Salomon tourna le dos à la jeune femme. Il devait repartir aider ses amis. Il devait repartir au combat. Il fallait vraiment…
Il fit quelques pas en avant, sans se retourner. Il entendit une quinte de toux derrière lui, puis un miaulement de douleur. Salomon continua d’avancer, en serrant les dents. De nouveau une quinte de toux, mais encore plus violente. Ses poings étaient serrés à s’en faire éclater les jointures. Il laissait derrière lui quelqu’un de mourrant, une personne qui souffrait. Il senti un haut-le-cœur monter progressivement à cette idée. Soudain l’écaflipette poussa un véritable cri de douleur. Pas juste un gémissement quasi-inconscient, un véritable cri.
C’en était trop. Salomon fit volte-face. Il ne pouvait pas laisser mourir cette pauvre fille dans des souffrances atroces. Elle toussait de plus en plus, et sa fourrure sombre, avec une large tache blanche sur le ventre, commençait à se tacheter du sang qu’elle crachait.
Salomon ouvrit la petite sacoche de cuir qu’il ne quittait jamais, et en sorti un petit tube remplit d’une potion bleue. Il s’approcha de la blessée et lui parla.
- Ne t’inquiète pas, je vais te soigner. Comment tu t’appelles ?
L’écaflipette de répondit évidemment rien, et continuait de trembler. Salomon ne s’attendait pas à une réponse, mais ses amis eniripsas lui avaient dit que parler aux blessés, discuter avec eux, pouvait les empêcher de sombrer dans un total inconscient, duquel il est parfois très difficile de les sortir.
- OK très chère inconnue, moi c’est Salomon. S’il te plaît, si tu m’entends, sers ma main.
Aucune réaction. Salomon déboucha le petit tube avec ses dents. Il appliqua le liquide sur la longue entaille. Elle se mit aussitôt à fumer, et une odeur âcre s’en échappa. La chatte poussa un hurlement de douleur et agrippa le bras de Salomon, y enfonçant ses griffes profondément. Celui-ci n’en fut aucunement gêné, et était même rassuré qu’elle ressente la douleur que provoquait cette potion. Déjà, les chairs se refermaient là où elle avait été versée. Il continua à appliquer la potion sur la blessure béante, déclenchant de nouveau des hurlements, mais aussi une régénération rapide du corps de la guerrière inconsciente. Enfin, pas si inconsciente que ça, puisqu’il dû détacher les griffes de l’écaflipette de son bras de force, une par une, pour pouvoir se libérer.
Il examina la blessure de plus près. Elle était bien refermée, mais l’arme de son frère causait des blessures extrêmement dangereuses, qui vidaient les victimes de leurs forces petit à petit. Il savait que la chatte allait certainement mourir, même si la blessure semblait guérie, si elle ne regagnait pas rapidement ses forces. Le problème c’est qu’il n’avait pas la moindre nourriture sur lui.
Il songea alors à quelque chose qu’il avait apprit il y a bien longtemps, une technique très risquée des sacrieurs, mais qui pouvait sauver la vie d’une personne aussi sûrement qu’un eniripsa altruiste. Il se concentra, se mit à genoux devant la jeune femme, et débuta une incantation, les mains jointes d’une façon étrange. Au fur et à mesure qu’il continuait son récital, il sentait ses forces le quitter. Une longue cicatrice apparaissait lentement sur son flanc et sa cuisse. Une forte douleur commença à l’envahir, et il senti que plusieurs de ses os commençaient à se fissurer. Son énergie sortait tout simplement de son corps pour aller dans celui de l’écaflipette, et lui guérissait ses blessures en les absorbant. Ses forces l’abandonnaient rapidement, alors que ses côtes se cassaient violement sous son torse…Il ouvrit les yeux. La chatte avait cessé de trembler, et elle respirait avec plus de régularité. Il sourit. Elle ouvrit les yeux avec difficulté. Pendant un moment, il ressentit un bonheur revigorant lui emplir le cœur. Pourquoi était-il si heureux ? Ce n’était pas la première fois qu’il sauvait quelqu’un de la mort pourtant.
Puis il s’abandonna à l’épuisement, et à la nuit noire.




Lorsqu’il se réveilla, le soleil filtrait à travers les feuilles de bambou. Son corps tout entier était extrêmement douloureux. Mais il s’en accommoda rapidement. Il se massa le crâne, puis tâta le reste de son corps. Il senti une irrégularité sur la peau de son flan droit. Plusieurs os avaient été brisés. Une cicatrice barrait une bonne partie de son ventre et de sa cuisse. Curieux, il fit passer ses doigts dessus avec insistance, se demandant ce que pouvait faire une telle cicatrice ici, alors qu’il avait toujours mit un point d’honneur à garder un corps en pleine forme. D’ailleurs, il ne souvenait plus d’avoir campé ici la nuit dernière. Son instinct lui dit que quelque chose clochait vraiment…
Soudain il se rappela de tout. L’embuscade, le dragonnet, la cooleuvre, le don de vie…l’écaflipette ! Elle n’était plus là ! Il se leva précipitamment. Il se rendit alors compte qu’il était enroulé dans une couverture, et que les quelques blessures de sa récente bataille, son torse brisé, ainsi que les marques de griffures, avaient été bandées. Il comprit que la jeune guerrière, le trouvant inconscient, s’était à son tour occupée de lui.
Une odeur délicieuse lui vint tout à coup aux narines. Il avança prudemment vers le lieu d’où émanait le fumet. L’écaflipette était là, accroupie près d’un petit feu, où grillaient deux gros poissons et deux oiseaux. Il pu voir la véritable couleur de sa fourrure : rouge-brun foncé, comme une agate d’une pureté extrême. Elle lui tournait le dos, et donc ne l’avait pas vu. Salomon s’avança discrètement, et tenta d’ouvrir la conversation :
- Heu…bonjour ?
La jeune femme fit un bond d’au moins trois mètres au-dessus du feu en poussant un cri de frayeur.
- Je…je suis désolé, je ne voulais pas vous faire peur, s’excusa la sacrieur.
- Ah bon ?!? Et bien c’est raté !! lui lança la féline avec un regard noir. Ca vous prend souvent de vous glisser comme ça derrière les gens ?
- Hem…je suis désolé.
- Ouais, j’ai comprit, c’est bon…dit l’écaflipette en se redressant.
Un silence gêné s’installa. Salomon ne savait pas quoi dire.
- Vous m’avez sauvé la vie n’est ce pas ?
La question posée était si directe que Salomon en fut décontenancé. Il senti son visage devenir un peu plus chaud.
- Je…je heu…oui.
L’écaflipette s’approcha de lui en baissant les yeux.
- Merci, dit-elle simplement.
Salomon avait du mal à rester stoïque.
- J’ai l’impression que vous avez prit soin de moi vous aussi, donc…
Son regard se posa quelques secondes sur la tunique raccommodée de la jeune femme qui lui faisait face. L’écaflipette la regarda à son tour, puis lui dit :
- Ah oui, à ce propos…
Salomon s’apprêtait à s’excuser d’avoir abîmé ses vêtements, mais avant qu’il n’ait pu ouvrir la bouche, il se prit un coup de patte fantastique dans la tête. Le coup le surpris tellement qu’il tomba à la renverse.
- CA NE VA PAS LA TETE !!! DE QUEL DROIT T’AS PU FAIRE UN TRUC PAREIL ESPECE DE MALADE ?!?
- Mais…? Qu’est ce qui vous prend ? lui dit calmement Salomon en se relevant, sans avoir l’air plus choqué que ça.
- Ah oui c’est vrai, les sacrieurs ressentent moins la douleur que les autres, on va remédier à ça, dit-elle avec un sourire sadique et en sortant ses griffes.
- Arrêtez ! J’ai fait ça pour vous sauver la peau ! Vous auriez préféré y rester ou quoi ? lui envoya Salomon depuis derrière ses mains, qui tentaient de protéger son visage.
La guerrière se calma aussi soudainement qu’elle s’était énervée.
- Comment ça ? demanda-t-elle avec un regard interrogateur.
- Une cooleuvre venait de vous morde sous le…enfin bon, j’étais obligé de faire ça pour…vous sauver. Mais je vous jure que je n’y ai prit aucun plaisir, ajouta-t-il précipitamment, craignant une nouvelle baffe.
Elle parut gênée de cette situation. Elle rentra ses griffes, et Salomon fut certain que son visage devint encore plus sombre sous sa fourrure… Elle lui tourna le dos, et alla s’asseoir près du feu pour commencer à manger un poisson, sans un mot de plus. Salomon la regarda avec une curiosité et une incompréhension grandissante. La jeune écaflipette lui rendit son regard.
- Comment tu t’appelles ? demanda-t-elle.
- …Salomon.
- Irmine. Viens manger Salomon, tu dois récupérer tes forces toi aussi.
Salomon obéit très sagement à cet ordre. Cela lui semblait bizarre d’obéir, car les ordres venaient bien souvent de lui d’habitude. Il prit un oiseau et s’assit pour le manger, à côté de sa compagne de fortune. Ils ne prononcèrent aucun autre mot pendant leur petit déjeuné.




- C’est pas possible ! Où est ce qu’il a pu passer ? Il a quand même pas…
- T’inquiète pas Pad, ton frère est un coriace, le rassura Kan, je suis sûr qu’il va bien.
La bataille était finie depuis plusieurs heures maintenant. Les brakmâriens avaient été plus nombreux que prévu, mais Salomon avait eu raison sur leur stratégie, et les bontariens postés à l’intérieur du village purent retenir les deux assauts coordonnés le temps que lui, Cléo et Padgref reviennent avec leur escouade d’élite pour prêter mains forte.
Cependant, lorsque la première vague avait été stoppée, Salomon avait disparu du champ de bataille. Kan connaissait la règle, on ne s’occupait des disparus qu’après que la bataille soit totalement finie, ils avaient donc dû partir aussitôt après leur interception, mais le fait que Salomon ne soit toujours pas revenu commençait réellement à l’inquiéter. Il connaissait parfaitement les capacités extraordinaires de son ami, et ne l’avait jamais vu ployer sous les coups, aussi violents fussent-ils.
- C’est décidé, je pars à sa recherche, il a dû lui arriver quelque chose, lança Padgref. La plupart de nos adversaires étaient des minables, mais il y avait un osa, un féca et une écaflipette qui étaient redoutable, j’en ai fait les frais.
Il montra les récentes marques de brûlure sur ses bras.
- Pad, s’il te plaît, calme toi…soupiras Kan.
- Il faut y aller Kan.
Cléo venait d’arriver dans la conversation. Elle était allée se renseigner auprès des gardes de Terrdala sur les créatures dangereuses qui avaient été vues récemment autour du village.
- Cléo ? Qu’est ce qu’il y a ? demanda le panda.
- Il y a un pandore qui rôde, depuis peu, répondit gravement la xélorette.
Silence.
- Si jamais Salomon est tombé dessus, il a probablement eu de très gros problèmes, ajouta-t-elle. Les pandores sont…
- Merci Cléo, je sais très bien ce que sont les pandores ! l’interrompit Kan. Très bien, je vais venir avec toi Padgref.
- Pas trop tôt ! répondit celui-ci. Cléo, tu viens aussi ?
- Evidemment. Allez, dépêchons nous.



Salomon enleva ses bandages avec précaution. Il n’y avait plus de traces de blessures, tout avait cicatrisé.
- Pourquoi tu m’as aidée ? demanda une voix féminine derrière lui.
Salomon sursauta. Il se retourna vers l’écaflipette qui s’était glissée derrière lui.
- Et bien, on peut dire que tu es directe !
- Répond moi s’il te plaît. Pourquoi tu as sauvé une brakmârienne, une de tes ennemies ?
La jeune femme avait une mine sombre. Elle avait l’air de prendre sa question très au sérieux.
- Donc tu sais que je suis bontarien…
- On le voit au premier regard.
Salomon haussa un sourcil.
- Ah bon ? Comment ?
- T’as pas une seule cicatrice sur tout ton corps. Tous les sacrieurs de mon camp que je connaisse en sont cousus, et ils les exhibent fièrement.
Le jeune homme rougit aussitôt. Ce n’était pas le fait qu’il n’ait effectivement aucune cicatrice qui le gêna, mais plutôt le fait qu’elle ait utilisé l’expression « tout son corps », preuve qu’elle l’avait regardée sous…toutes les coutures.
- Et toi alors ? Pourquoi tu as sauvé un bontarien ? lui renvoya-t-il en bégayant presque.
- Moi c’est pas pareil. D’abord tu étais juste épuisé, pas en danger de mort, et puis ça aurait été très…ingrat de te laisser là après ce que tu as fait.
Là, Salomon ne savait pas quoi répondre. La raison en était simple, il ne savait pas lui-même pourquoi il avait fait cela. Il essaya de dire quelque chose mais, rien ne sorti de sa bouche. Il décida donc de tourner le dos à son interlocutrice.
- Tu ne veux pas répondre ? Très bien, dans ce cas, on n’a plus qu’à se dire au re…
Salomon savait pourquoi elle n’avait pas fini sa phrase. Autour d’eux, trois voix, bien que encore lointaines, se rapprochaient, et semblaient les encercler.
- Vous trouvez quelque chose ? cria l’une d’elle.
- Pad, si je trouvais, je t’appellerais, alors arrête de demander toute les minutes…répondit une autre voix.
Salomon reconnut aussitôt la voix de son frère et de Kan. Et la troisième voix, plus timide, devait être celle de Cléo. La peur le prit. Il regarda la chatte derrière lui. Elle semblait en train de paniquer. Les voix se rapprochaient de trois directions différentes, et elle ne savait pas où fuir. Il fallut à Salomon seulement quelques secondes pour réagir. Il mit une main sur la bouche de l’écaflipette et lui chuchota à l’oreille :
- Ne bouge surtout pas, ne fait pas un bruit, je vais te sortir de là.
- Mmmhhmm !
- Chut, surtout ne bouge pas. Je t’en supplie, fais moi confiance.
Il retira sa main. La jeune femme le regarda droit dans les yeux. On y lisait la peur.
- Pourquoi tu fais ça ?
Salomon ne lui répondit pas. Il fonça droit vers la forêt profonde, laissant derrière lui la guerrière terrifiée. Il courut jusqu’à une petite grotte, à quelques dizaines de mètres plus loin, mais très bien cachée par une grosse touffe de bambous nains, qu’il avait découverte trois jours auparavant. Il entra dedans, et son corps commença à briller intensément. Il n’avait jamais fait ça d’aussi loin, car il était obligé de voir sa cible pour changer de place avec elle, mais il ne pouvait pas abandonner cette écaflipette. Pas après le mal qu’il s’était donné pour la sauver. Pas après qu’elle se soit à son tour occupé de lui. Et de toute façon, il ne voulait pas qu’elle meure, quel que soit son camp, quoi qu’elle ait fait ou quoi qu’elle fasse par la suite. Il ne voulait pas…
Il ne pouvait pas la voir, mais il sentait tout de même sa présence. Tout son esprit était monopolisé par son effort. Il senti son énergie exploser, et un flash éclaira la grotte entière. L’instant d’après, il était de nouveau dans le petit sous-bois qu’il venait de quitter. Il se sentait beaucoup plus épuisé que d’habitude, lorsqu’il utilisait cette technique, sûrement à cause de la longue distance parcourue.
- Hé ! Là bas ! hurla la voix la plus grave. Un flash ! Ce doit être lui !
En quelques secondes, un pandawa fit irruption dans la place, suivit de près par un autre sacrieur à la peau mate. Une xélorette arriva bientôt, en remettant en place une de ses bandelettes qui commençait à se détacher.
- Salomon ! Tu vas bien ? dit Kan en se précipitant pour l’aider à se lever.
- Frérot, on croyait que tu avais rencontré un pandore ! fit le sacrieur en allant aider le panda à porter Salomon.
La xélorette se contentait de le regarder mystérieusement. Kan commença à lui donner de petites baffes.
- Hé ho ! Salomon, tu m’entends ?
Il se rendit compte qu’il n’avait rien dit depuis que ses amis l’avaient retrouvé.
- Heu, oui, ne vous inquiétez pas, je vais bien…
- Comment ça tu vas bien ? s’exclama Padgref. Pourquoi tu es resté dans cette forêt alors ? On s’est inquiété pour toi je te signale !
- …désolé.
Ce fut tout ce que Salomon trouva à répondre. Il crut une seconde que son frère allait lui coller son poing sur la figure, mais Kan lança d’un air enjoué :
- Bon ! On t’a retrouvé, donc tout est bien qui fini bien non ? On va fêter ça !
Aussitôt dit, aussitôt fait. Un grand tube de bambou apparut dans sa main, et il en vida le contenu en une seule lampée.
- Hé ! Laisse m’en un peu, j’ai rien bu depuis hier midi ! fit le sacrieur à la peau mate en retenant le bras de Kan.
- QUOI ??? Mais c’est horrible ! lui répondit le pandawa, affolé.
Deux autres chopes de bambous apparurent dans ses mains, il en tendit une à l’assoiffé. Salomon remarqua alors quelque chose par terre. Un bracelet. Un bracelet en corde tout simple. Il le prit vite pendant que les deux soiffards vidaient leur bambou, et le mit dans sa sacoche en cuir.
- Dites les fêtards, les interrompit la xélorette, ça vous intéresse de savoir ce qu’il s’est passé exactement ?
Les deux compères lâchèrent leurs chopes et se regardèrent en faisant la grimace. Salomon sourit :
- Calme toi Cléo, c’est pas grave, je vous raconterai ça au village.
Il aurait bien le temps d’inventer quelque chose sur le chemin. Les trois bontariens repartirent de bonne humeur vers Terrdala, pour fêter leur victoire de cette nuit. Sur le chemin, Salomon jetait de petits regards derrière lui, assez régulièrement. Il jura même avoir vu un éclair rouge-brun disparaître entre les bambous. Il n’arrêtait pas d’y penser, à cette belle fourrure…
- Salomon ?
- Hein ? Oui, quoi, qu’est ce qu’il y a Cléo ? répondit-il en se retournant vite.
La xélorette lui jetait un regard absolument indéfinissable. Salomon ne pouvait que soutenir ce regard, mais il se sentait vraiment de plus en plus mal à l’aise. Ce fut finalement elle qui baissa les yeux.
- Non, rien…excuse-moi.
Salomon fut soulagé de ne pas devoir continuer la conversation. Il plongea discrètement la main dans sa sacoche, et prit entre ses doigts le bracelet de corde. Il sourit.
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